[08] Huitième Fiche

12 juin 2008 01:19 | Neutre | 0 commentaire

 

Date de l’étude :  Mai 2008.
Objet d’étude : L’évolution du sujet au cours de sa vie et l’influence de chaque étape sur ce qu’il est.
Sujet de l’étude : Sujet de type masculin. Martin. 20 ans.
Description du Sujet : 60Kg.  1m76. Cf. photos jointes dans le dossier d’étude.
Situation familial : Un père, une mère, une sœur aînée. Pas d’antécédents familiaux à signaler.

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Bien, avant toute chose, nous allons tout d’abord commencer cette étude en vous montrant des extraits de ce que vous avez pu écrire sur vous par le passé, et vous allez les commenter, en nous communiquant vos impressionnants, en nous disant s’il y a eu du changement, si rien n’a changé, etc. Vous êtes libre de tout commentaire.
Nous allons commencer par cette phrase : « En fait, j'ai comme une double personnalité, je suis con mais intelligent, mature mais immature, silencieux mais bavard, aventureux mais flemmard, egoïste mais gentil ... Mais je pense qu'on a tous une partie de nous comme ça, non ? (rassurez moi ... ^^) »

- Oui, c’est toujours actuel je pense. Je n’ai pas envie de rester enfermé dans un type, j’ai à la fois besoin de me sentir grand, mais je ne veux pas non plus trop vite grandir; j’aime apprendre, avoir de la science, me sentir intelligent, mais parfois faire le débile profond, ça fait toujours du bien. J’avais écris ça en Terminale, et je suis toujours d’accord avec cette phrase.

- Bien, extrait suivant : «  Plus tard j'aimerais un boulot dans le journalisme (radio, presse, TV, ça je sais pas encore ^^) mais plus j'y pense, plus j'ai peur de me tromper de voie, mais je ne sais pas du tout quoi faire d'autre ... Une année sabbatique, s'pas possible ? ^^ »

- Ahah, c’est marrant de voir comme finalement, on revient aux sources. Toujours écrite en terminale cette phrase, j’ai ensuite fais classe préparatoire littéraire avec pour objectif la profession de journaliste ou, du moins, une profession dans le journalisme, me voilà actuellement en L3 d’anglais après laquelle je comptais passer le concours de l’ESJ de Lille … Mais finalement, j’ai flippé, j’ai peur de me tromper de voie, tout en ne sachant pas quoi faire d’autre que journalisme, et donc mon année sabbatique, je la prend, en quelque sorte, en m’exilant l’année prochaine à l’étranger pour faire assistant français.

- Troisième extrait : « Pourquoi j’ai voulu changer ? Premièrement, par envie de changement, tout simplement. Secondement, la dernière fiche en date était trop "délire", trop immature peut-être, trop "rigolote". Si je la change ça veut pas dire que je suis plus rigolo hein, simplement, je ne pense pas que cela reflétait ma personnalité la majeure partie du temps. Car oui, en ce moment je me trouve plus calme, plus posé, plus réfléchi peut-être… Moins enclin au "top délire", moins enclin à l’humour débile, bien que je le pratiquasse encore ces derniers temps. (Oui, j’aime le subjonctif, et je compte bien le montrer.) »

- Ah, le début de mes fiches plus posées, voire par moments, plus tristes. Il est vrai, je me trouve peut-être plus mature, moins envie de faire de la bouffonnerie basique. Les deux premiers extraits que vous m’avez donné à lire, bien qu’ils disent la vérité, comme je l’ai confirmé, je les ai trouvé, dans leur écriture et leur ton, trop faussement sympa, enfin je sais pas, mais j’aime moins. Mais ce troisième extrait annonce déjà un changement, et je pense que par la suite mes fiches étaient bien trop sombres et tristounettes. J’aspire à un juste milieu entre mes premières fiches et celles « du changement ».

- « Encore au collège, ma taille et le timbre fluet de ma voix furent les principales causes de mes soucis, et c’était quasi quotidiennement que j’étais raillé, ce qui alluma en moi des feux de haine muette envers les coupables, envies contenues de poings dans la figure, pulsions refoulées de vociférations d’insultes. Ce qui cultiva en moi-même une sorte de paranoïa, encore présente maintenant, malgré ma prise de taille et la faible aggravation de ma voix, qui consiste à prendre tous les regards et tous les rires comme dirigés vers moi-même. »

- Oh, toujours actuel. Je pense que depuis le collège et ces moqueries j’ai toujours eu un rapport de complexe avec mon corps et moi-même. Je n’aime pas porter de shorts, de bermudas ou de pantacourts, même chez moi. Ou alors un short de bain à la plage, et encore, je n’aime pas glander dans le sable et veut le plus vite et le plus longtemps possible rester dans l’eau. Je n’aime pas quand mes parents rentrent dans la salle de bain alors que j’y suis, pourtant, cela ne gêne pas ma sœur. Et dans la rue, toujours, les rires me stressent, car il me semble qu’ils se moquent de moi.

- « La plupart des choses que je peux émettre, je les redirige vers mon être. Je me parle. Je me hais. Je me fais mal. Cela évite que je haïsse trop fortement les autres. Cela évite que je fasse du mal aux autres. Ainsi j’ai appris à aimer la douleur, ce qui en soi est, au-delà d’être une névrose, un avantage. Si une chose me fait mal, je n’ai qu’à me dire que j’aime cela, et j’aime cela. Ca m’évite les plaintes inutiles. »

- Oui et non. Les trois dernières phrases sont toujours actuelles. J’essaye de me plaindre le moins souvent possible et de prendre sur moi si je souffre, que ce soit moralement ou physiquement. Quand aux premières phrases, elles ne me correspondent plus. Je ne hais plus autant, tout simplement.

- « Je suis pessimiste, fataliste, velléitaire. »

- De ce côté-là, je me suis soigné. Je ne me juge plus pessimiste. Je me surprends même parfois à être optimiste et à prôner l’optimisme. Fatalité … pas totalement. Je juge que certaines choses nous tombent dessus avec la semblance de la fatalité, voilà tout. Quant à la velléité, je tente de faire des efforts, mais il y a encore des choses à changer de ce point de vue là.

- « J’ai forcé les rires, je me suis imaginé des sourires, j’ai caché les accrocs de ma voix. Si peu, si peu de ta voix, de ton temps… Et attendre si longtemps pour la prochaine fois, pour une prochaine fois…
    Je ne devrais pas, je ne devrais plus. Tout ce que je dis là je ne devrais plus le penser, je devrais le relire avec un rire, le rire d’une personne objective et heureuse. Mais malheureusement je le pense, je le pense plus que tout, et je relis avec douleur, en ravalant un soupir, un étouffant un sanglot… »

- Oui, oui, changement. Je le relis désormais avec un rire, le rire d’une personne objective et heureuse, car je ne le pense plus. A tout ça se mélange quand même un peu de nostalgie, parce que, bien que triste, c’était une période riche en sentiments et qui m’aura, bien sûr, marquée. Maintenant, mon cœur est bien vide, et je me surprends parfois à regretter cet état d’esprit dans lequel j’étais. Parfois seulement. Mais je le relis avec le rire d’une personne objective et heureuse.

- « Le Kaìn est flemmard. Tellement, qu'on lui a récemment proposé de faire de "mais finalement, la flemme" sa devise. Oh y'a d'autres dérivés du genre "gnaaan la flemme", "pff non la flemme", etc. Parfois il a la flemme de dire "mais finalement, la flemme", alors il dit "flemme". D'ailleurs il va pas finir sa fiche ce soir. Flemme. »

- Aha, oui, toujours actuel, même si j’essaye vainement de me motiver, parfois.

- « Je suis Con - Chiant - Immature - Timide - Maladroit - Salace - Lourd - Jaloux - Peureux - Egoiste - Flemmard - Individualiste - Possessif - Radin - Maniaque - Pas Souriant - Commun - Misanthrope - Eternellement Insatisfait - Mou - d'une carrure de Crevette - Impatient - »

- Oui. Oui. Oui. Oui. Oui. Oui parfois. Oui. Oui quand j’en ai l’occasion. Oui. Oui mais je me soigne. Oui je viens de le dire. Oui mais je me soigne. Oui. Oui mais je me soigne. Oui. Oui, en apparence, mais en fait une commissure relevée de 2mm c’est un sourire pour moi. Oui. Plus trop. Oui. Oui. Oui. Oui.

- Très bien. Nous allons maintenant commencer l’étude à proprement parler …



Passé :

    - Bien, Martin, commencez par me parler de vos années passées. Dîtes moi tout ce qui vous vient à l’esprit en repensant à ces années, à l'école, à votre maison : anecdotes, impressions, traumatismes, accidents, … tout ce que vous voulez.

    - Mes années passées ... C’est vaste, ça fait 20 ans à résumer, dont presque 18 ans de scolarité. Je présume donc que j'aurais plus de choses à dire de ce côté-là. Mes deux premières années de maternelle, je ne m’en rappelle pas. Aucun souvenir, trou noir. J’ai quelques souvenirs de ma dernière année de maternelle, comme les Duplo que la prof avait, même un des cubes c’était un clocher et y’avait une vraie petite sonnerie dessus quand on appuyait sur un bouton. Je me rappelle aussi avoir emprunté les feutres d’un ami, mais il m’avait demandé de ne pas les lécher comme l’on fait quand un feutre ne marche plus très bien. Il l’a d’ailleurs fait lui-même avant de me les passer, un à un, il a léché tous ses feutres. La maternelle c’était aussi mon premier grand amour : Marie-Cassandre. Je lui ai jamais avoué. Une fois, à la fin d’une récré, on s’était tous rangé en rang, deux par deux, face à notre maîtresse. Pour une raison qui m’est inconnue, j’ai quitté mon rang, couru vers elle (elle n’était pas dans ma classe), me suis agenouillé à ses pieds, lui ai pris la main et l’ai embrassé, puis je suis reparti dans mon rang aussi vite que je l’avais quitté. Je sais pas ce qui m’avait pris à ce moment-là … Mais c’était vraiment un amour un peu maladif, j’étais timide au possible en sa présence et tout, contrairement à d’autres filles qui ont pu me plaire par le futur. Il y avait aussi Charlotte, une autre de mes amoureuses, une petite blonde, coupe au carré. J’étais son amoureux aussi, et on s’embrassait. Mais il y avait un autre gars de ma classe qui était amoureux d’elle, et elle aussi, donc on la partageait. Elle m’embrassait, puis elle l’embrassait, puis elle m’embrassait … Quand j’y pense, j’ai un peu comme embrassé un mec par procuration … Et après elle il m'aura fallu attendre le lycée avant de retrouver une fille qui éprouve des sentiments réciproques …


    - Huhum, continuez …


    - Après, je n’ai pas vraiment de souvenir du CP, juste d’une classe très sombre. J’ai plus de souvenirs de la primaire, un peu en vrac, mais plus nombreux. Les « bastons générales » contre les plus grands dans le coin de la cour non surveillé. C’était surtout pour rigoler, mais une fois je me suis laissé emporté dans une sorte de pulsion, j’ai voulu claquer la tête d’un gars contre mon genou, je me suis retenu au dernier moment, et je l’ai repoussé en arrière, voulant le pousser contre un autre gars. Mais la cible a bougé, et mon projectile a fait quelques pas à reculons avant de se claquer la tête contre un des poteaux du préau et il s’est mis à pleurer. J’ai honteusement fuis à l’autre bout de la cour sans m’excuser, en l’observant, plein de remords, de loin. Ma sœur, qui le voyait pleurer, et allé le voir. J’avais peur qu’il dise que c’était moi et qu’elle le répète à ma mère (qui était institutrice dans cette école). En primaire, je me rappelle aussi avoir eu un élan écolo avec un ami : on arrachait les mauvaises herbes, on ramassait les saletés à terre … Suite à un pari j’ai d’ailleurs à ce sujet déjà mangé un nuage de poussière et un emballage de BN. Comme pas mal de monde, j’avais peur qu’en avalant un chewing-gum il reste coincé dans ma gorge et fasse un barrage à tout ce que j’avalais ensuite, de sorte que tout allait s’accumuler et que ça allait être bloqué et que je ne pourrais plus jamais rien manger. Ou alors qu’un arbre pousse dans mon ventre quand j’avalais les pépins. En primaire, on jouait aussi au jeu du Taureau, qu’on avait inventé : ça se jouait sur les paillassons qu’il y avait devant les portes, les paillassons marrons bien rigides (j’ai troué pas mal de pantalons en jouant à ce jeu …). Il fallait être deux. L’un était le taureau, à quatre pattes, dans un des coin du paillasson. L’autre, le torero, est dans le coin opposé en diagonal, à genoux.. Le taureau charge, et le torero doit l’éviter. Si le taureau le touche, le torero a perdu. Une fois, un ami qui faisait le taureau a voulu ruer. Alors avant de charger, il se redresse violement en poussant un hurlement taurin des plus crédibles. Et se claque la tête contre le coin du mur en brique rouge. Il s’est ouvert, et sa petite coupe au bol blonde était teintée de sang, ainsi que sa main quand il l’a porté à la tête. On a plus joué au Taureau après ça. Les Pog’s c’était quand même moins dangereux. La primaire ça a été aussi la première fois (et seule fois je pense) où j’ai entendu des voix. C’était vers la fin des vacances d’été, j’accompagnais ma mère à l’école, qui allait préparer sa classe pour la rentrée. Je me baladais tout seul dans les couloirs de l’école quand j’ai entendu très distinctement la voix d’une collègue de ma mère m’appeler « mon petit lapin … » (elle m’appelait toujours comme ça). Mais, après avoir rejoint ma mère et lui avoir demandé, on était seuls dans toute l’école, et ce n’était pas la voix de ma mère, que je ne pouvais pas entendre d’ailleurs, de là où j’étais.


- Ah, attendez, je n'ai bientôt plus de papier pour noter. Georges ! Geeeeeorges ! Apportez moi de quoi écrire !
- Tenez professeur, je n'ai trouvé que votre Journal De Bord.
- Ca fera l'affaire, merci bien Georges. - Essayez d’aller à l’essentiel, de nous donner votre impression générale sur ces années, sans vous attarder sur de petits détails, s’il vous plaît.


    - OK … Hé bien, la primaire, pour conclure, j’en garde un bon souvenir. Une période encore toute pleine d’insouciance, de bons instituteurs que je connaissais déjà en tant que collègues de ma mère, un voyage de classe … D’ailleurs à ce propos, si vous me permettez de revenir sur le voyage de classe, avec le recul je me rends compte que je cherchais, dans l’établissement où nous logions, à nous démarquer, ceux qui dormaient dans la même chambre que moi, et moi. On devait être trois ou quatre par chambres, et on pouvait se choisir un nom de chambre. Je savais que tous les autres allaient se choisir un nom classe pour se mettre en avant, genre « les meilleurs », les machins ou les bidules avec des noms de héros. Moi, j’ai choisi « les petits monstres » (en m’inspirant du dessin animé « mon petit monstre »). C’était le bordel dans les autres chambres, pas rangé, bruyant … Je tenais à ce que tout soit en ordre et à ce que « les petits monstres » aient un comportement exemplaire. Ouais je faisais un peu le fayot en fait … Mais mieux vaut être sage et bien vu par l’instituteur que se montrer rebelle et se faire sans cesse remarquer. C’est d’ailleurs à peu près ce que j’applique encore aujourd’hui, quelque soit le domaine. En fait c’était pas vraiment me démarquer que je voulais, mais plutôt m’effacer, ne pas me faire remarquer. Mais par là je voulais aussi que ça se voit, en fait. Par exemple, en CM2, des élèves anglais sont venus en France lors d’un échange. Il y avait une fille parmi eux, super mignonne, tous les garçons de la classe en étaient tombés amoureux. J’étais le seul à dire qu’elle ne m’intéressait pas vraiment. Un pote est venu me demander comment on disait « je t’aime » en anglais, je lui ai écris et il est allé lui donner le papier, de sa part. Mais moi aussi cette fille m’intéressait, mais je m’en cachais. Mais en restant discret, éloigné, je voulais paraître différent des autres, et ainsi, me faire remarquer. Encore aujourd’hui, quand une fille me plaît, je reste souvent discret en espérant qu’elle me remarque pour ça.

    Hors contexte scolaire, il y avait aussi David, un ami que j’avais rencontré au club de gymnastique masculine de ma ville. On était les deux seuls à être arrivés en retard le premier jour, les deux premiers à s’être fait engueulé, et on a sympathisé dans les vestiaires, et depuis on restait toujours ensemble. On faisait toujours les cons dans la remise à sauter depuis les agrès sur les gros tapis. Mais ça n’empêche qu’on a été les deux seuls de l’équipe a être qualifiés pour les régionales. Et le mercredi, avant d’aller à la gym, on passait l’après-midi ensemble. On adorait grimper au sommet du plus grand arbre de l’espace vert de mon quartier. On s’était surnommé les « Monkey Men ». On avait gravé  « MM » sur son écorce. On grimpait partout, au sommet des arbres, au sommet des blockhaus … On pouvait passer nos après-midi au sommet de l’arbre, à regarder les gens passer en bas, à se raconter nos histoires, à en inventer … On était biens, isolés, libres. Bien sûr, y’a déjà eu des gamelles. La plupart de mes gamelles, c’était avec David d’ailleurs. Depuis l’arbre, ou depuis la haie de sapins de son jardin, depuis le sommet de sa balançoire, ou en sautant au dessus d’un fossé … Ça fait maintenant plus de 12 ans que je connais David. Mais on a été dans le même établissement que pendant le lycée.

    Avant le lycée, donc, il y avait le collège. Je n’ai pas aimé le collège. Je me faisais toujours emmerder, pour ma petite taille, pour ma voix encore infantile, pour des chaussures originales … Toutes les raisons étaient bonnes pour les gens au collège de se montrer « grand » ou « fort ». Tous besoin de se moquer ou de rabaisser les autres pour se sentir supérieur. C’est pas fair-play. Si vraiment ils voulaient se sentir grands, ils n’avaient qu’à grandir, plutôt que rabaisser les autres. Même mes « potes », ceux avec qui j’étais, se moquaient de moi. Mais je traînais avec eux, parce qu’il me fallait bien quelqu’un avec qui traîner, et parce que parmi eux il y avait bien une ou deux personnes à qui je faisais confiance. Je me suis déjà fais insulté, baffé, jeté des cailloux au visage à cause d’une paire de chaussures. Une paire de chaussures ! Des DDP, j’étais fier d’avoir des DDP, de la marque et tout. Mais elles avaient de particulier que la semelle « débordaient » sur les côtés, un peu. Alors j’ai eu droit à tout : canard, aéroglisseur, palmes, roue de secours … Des cailloux pour des chaussures quoi … Je n’ai pas aimé le collège. Et puis le collège ça a été aussi ma première petite « déprime » amoureuse. Enfin, le mot déprime est un peu fort, mais disons la première fois que j’ai subi une baisse de moral à cause de mes sentiments pour une fille. C’était pas non plus de grands sentiments (les sentiments n’ont duré que deux, trois mois, et la baisse de moral, qu’un week-end),  … Juste l’éveil des sentiments plus mûrs que ceux de maternelle ou de primaire. Je me rappelle, au collège, les 3e nous emmerdaient souvent, et nous prenaient notre balle de tennis avec laquelle on jouait au foot. Une fois, alors qu’on tentait de la récupérer, un peu excédé, je dis tout bas : « putain, fais pas chier, rends la balle ». Manque de pot, le gars (type racaille de l’époque, avec blouson Scott) l’a entendu, s’avance vers moi, me choppe par le col et me demande de répéter ce que je viens de dire. Le cœur a 100 à l’heure, je prends mon courage à deux mains, et je répète : « j’ai dis : putain - fais pas chier - rends la balle ». Le gars, énervé, me fait une balayette. Mais le con me tenait par le col, donc je ne suis pas tombé. Il me regarde droit dans les yeux, et me demande de répéter Je m’exécute. Nouvel balayette, je ne tombe pas puisqu’il me tient, nouvelle demande, je me répète à nouveau en rajoutant un « putain, t’es sourd ou quoi ? J’ai dis … ». Le type m’a relâché avec des gestes compulsifs du genre « putain les mecs retenez moi je vais me le faire ce petit morveux ». Heureusement, ses potes l’ont retenus. Sa petite copine est venu me voir gentiment quelques heures plus tard, en me disant qu’il était bien énervé contre moi et que j’avais intérêt à l’éviter. J’étais en stress à chaque sortie des cours après ça … Bref, le collège n’a pas été une période très joyeuse, et j’ai été content de le quitter, et j’ai décidé de partir dans un lycée où je ne connaissais personne d’autre que David, plutôt que partir dans un lycée où tous ceux de mon collège allaient. Vous l’aurez compris, le collège c’était pas my cup of tea.


    Et le lycée, ça a vraiment été autre chose. J’ai adoré. J’ai eu peur, le premier jour, car je me suis retrouvé dans une classe différente que celle de David. Je ne connaissais vraiment personne. Mais j’ai appris à le faire, et j’ai sympathisé avec presque toute la classe. De ce côté-là, je m’en sors bien en général : j’ai l’impression de bien m’entendre avec un peu tout le monde dans une classe. Le lycée, c’était fini les emmerdements, les moqueries … J’ai rencontré de nouveaux gens, soit de ma classe, soit des amis de David. J’ai intégré un nouveau groupe d’amis, avec qui je me plaisais (contrairement au collège). J’ai pas vraiment de grand souvenir de la seconde … Oh, si, j’avais failli sortir avec une fille (ce que je n’avais encore jamais fait auparavant), mais j’ai flippé et je me suis défilé. La première par contre, c’était le top du top. J’étais dans la même classe que David et d’autres du nouveau groupe d’amis, alors c’était le pied total quoi. Toujours à faire des conneries avec David, mais tout en gardant notre sérieux pour le travail. Une classe géniale et de nouveaux gens géniaux. Des profs qui nous aimaient bien malgré le fait qu’ils nous demandaient souvent de nous taire, dont surtout une prof de sport, Madame Dame (facile à retenir, ce nom), qui était totale fan de nous. Nan je vais pas faire mon modeste sur ce coup-là. En step par exemple. Déjà le step c’était marrant pour nous, l’impression de plus faire un truc de nana, mais on s’éclatait. La prof était à fond dans son truc, nous on se mettait devant quand, lors de l’entraînement, on devait se baisser, et on regardait le décolleté des filles ou on profitait des T-shits larges qu’elles mettent en sport. Une fois la prof nous avait appris des mouvements de jambe à faire sur le step, et on devait ensuite nous-même inventer des mouvements à faire avec les bras. On a fait n’importe quoi, des gestes un peu obscènes en se fessant ou en faisant semblant de chevaucher quelque chose. Et la prof nous regardait en rigolant, nous fait signe du pouce qu’elle adore, et à la fin de la séance on a du le refaire devant toute la classe … On faisait un peu moins les rigolos là ! Et en escalade, avec David on faisait de l’escalade en club, donc bon on était relativement doué. Donc la prof appréciait ça, durant les séances on faisait aussi un peu les cons, on se laissait tomber de haut avec bien du mou, et la corde se tendait qu’au dernier moment, etc. Et le jour de l’examen, on a été noté en premier, on a eu 21/20 (Pour avoir 10/10 au grimper il fallait escalader une piste de difficulté 6B je crois, on a grimpé du 6C, donc 11/10, et puis 10/10 à l’assurance [Ouiii, j’aime le dire, j’en suis assez fier !] ), et donc après la prof nous a demandé de l’aider à noter les autre ! Bref, elle nous aimait bien et nous faisait confiance. Aah … Madame Dame … I miss you !

La première ça a aussi été la première fois que je suis sorti avec une fille, Pauline ! Youhou ! Il était temps ! Je voulais sortir avec elle depuis au moins 7 mois, sans jamais oser lui dire. Au bout de 5 mois j’avais appris qu’elle voulait aussi, mais tous les deux on était trop timides pour se le dire, pour dire qu’on savait que l’autre voulait sortir avec nous et que voulait aussi sortir avec l’autre. Il a fallu attendre les vacances d’avril pour que ça se fasse. En fait, cette fille, c’est la sœur du petit copain de ma sœur (vous suivez ?). Et pendant ces vacances-là, on est parti à Sun Park avec mes parents, ma sœur et son copain, et comme il y avait encore une place au bungalow, ils ont proposé à Pauline. Je me retrouve dans la même chambre que Pauline. Le premier soir on discute, on fait de vieux trucs bidons pour tenter des approches genre « t’es chatouilleuse ? ». Mais rien. Le second soir, à nouveau l’excuse des chatouilles, qui virent en caresses, elle se retrouve à côté de moi, allongée contre moi, dans le noir. Mon cœur bat la chamade. Il ne faut pas que je réfléchisse, ne pas réfléchir, embrasse la, point. Alors je me lance. Tellement précipitamment que dans le noir, c’est son nez que j’embrasse. Mais ça a suffit. Et puis au bout de trois semaines j’en avais marre je l’ai largué … Je comprends toujours pas. Sept mois à vouloir sortir avec elle, et je fais terminer tout ça en trois semaines. J’en avais marre de la voir toujours aux récrés et de ne plus voir mes amis. J’en avais marre de la voir tous les week ends (elle habite le quartier d’en face …) et je voulais parfois rester seul. Et puis aussi une de ses amies me plaisait. Par qui je me suis pris un râteau, d’ailleurs. Deux fois.

Et puis la terminale. Déception, car je n’étais plus dans la classe de David. Mais j’étais toujours avec certaines personnes de la classe de première, même si, bon, c’était pas pareil. Mais en terminale, wow, j’avais l’impression d’être un sex symbol. Et ça m’arrive pas souvent, ça. Ou alors c’était la nouvelle vague des filles de seconde qui devait être aveugle ou droguée. Mais je plaisais beaucoup à une fille (une Pauline aussi, tiens), tellement qu’un jour quand je lui ai fais la bise, je l’ai vu ensuite au loin faire des petits bonds genre « je lui ai fait la bise ! Je lui ai fait la bise ! ». Ça me faisait bizarre. Et puis pareil, parce qu’il faut pas me laisser le temps de réfléchir, j’ai laissé traîné le truc, parce que je flippais. D’un côté j’aurais aimé sortir avec elle, d’un autre je flippais et je me trouvais tout un tas de raisons de pas sortir avec elle. Et finalement je ne suis pas sorti avec elle. Et maintenant elle a un mec depuis deux ans et s’intéresse plus à moi. Et puis je plaisais aussi à une amie du petit-frère de David (vous suivez ?) avec qui je m’entendais super bien, mais rien au-delà de l’amitié pour moi. Et puis selon les rumeurs je plaisais aussi à une autre fille de seconde. Et puis j’en embrassais une autre dans le grenier du lycée. Aah, le grenier. Cette fille en fait, elle avait un petit copain. Mais une fois, je ne sais même plus pourquoi, on s’était embrassé. Pour moi, ça s’arrêtait là, mais elle m’a dit que ça lui avait plus et voulait recommencer. Bon baaah … d’accord ! Mais comme elle avait un petit copain elle voulait se planquer, donc on était allé au grenier du lycée, dont la porte était ouverte. Pendant une semaine, c’est pénard, on est tranquille et j’ai les mains baladeuses. Mais un jour, la CPE arrive. C’était pas vraiment qu’on s’embrasse dans le grenier qui avait gêné … C’était qu’en même temps que nous, quelque part ailleurs dans l’immense grenier du lycée, un groupe d’élèves s’amusaient à cracher sur un prof dont on pouvait voir le cour à travers le plancher. Le prof est allé se plaindre, la CPE monte, nous surprend, et bien entendu nous prend pour responsable. Convoqués chez le proviseur, on nie, le proviseur nous prend pour des menteurs, parents convoqués, le proviseur qui revient me chercher en plein milieu d’un cour pour en rediscuter … Finalement, sans aucune preuve, ils lâchent l’affaire, avec juste un avertissement pour « présence dans un lieu interdit d’accès ». Mais bon, gros coup de peur, grosse honte, et énorme gêne, surtout vis-à-vis de la fille qui avait déjà un mec. On s’est plus jamais vraiment revu, ou juste croisé vite fait, depuis. Et puis je m’étais aussi un peu énamouré  d’une fille de la classe avec qui je m’entendais super bien. Mais elle avait déjà un mec. Et elle, c’était pas du genre à en fréquenter un autre dans les greniers. Bref, terminale, année assez mouvementée.

Mais le lycée en général, c’était aussi Deûlemont, une ville par laquelle notre bus pour aller au bahut passait. En fait, quand on finissait à 15h, on n’avait pas de bus pour chez nous avant 15h50. Donc en attendant, avec David et deux amies, on prenait un bus plus tôt, qui s’arrêtait à Deûlemont. Là on se baladait le long de la Deûle, on prenait le soleil ou on s’abritait de la pluie sous le portique de la mairie. Mais aussi et surtout, on s’amusait sur le ponton. Le ponton, outre la petite passerelle qui le relie à la berge, était maintenu à la terre ferme par deux tubes en alu. Et un jour nous est venu la bonne idée de passer sur un de ces tubes, en funambule. On a prévu le coup deux semaines à l’avance. Il nous fallait une sorte de béquille, un appui au cas où on manquerait d’équilibre, donc avec un canif, on a coupé … un arbre. Un petit arbre, genre jeune boulot, pour aller assez profond pour toucher le sol. Oui j’avoue, j’ai un peu honte aujourd’hui, ce n’est pas très bien d‘abattre des arbres pour des conneries adolescentes. Bref, un jour où on avait eu sport, on est allé à Deûlemont, enfilé nos affaires de sport (au cas où l’on tomberait dans l’eau vaseuse et crade de la Deûle), et chacun notre tour, on passe en funambule. Succès. Puis, nouvelle idée à la con : passons à deux en même temps ! David passe donc devant, avec l’arbrisseau en main. Je suis derrière, le tenant par l’épaule. Mais arrivé au milieu du tube, David manque d’équilibre et vacille soudainement. Moi, accroché à lui, suis emporté dans l’élan. Lui, se rattrape au bâton. Moi, à part David, je n’avais aucune prise, et si je m’accrochais à lui, il tombait avec moi. Je le lâche donc, me retourne pour juger la distance entre moi et la berge, prend un rapide élan instable, et saute. Pas assez loin. De la vase jusqu’aux chevilles, de l’eau jusqu’au nombril. Et je reprenais le bus ensuite, avec une odeur d’égout dégouttante. Et quelques mois plus tard, David m’avoue qu’il avait fait semblant de perdre l’équilibre, juste pour me déstabiliser et me faire peur. Le con. Le traître, le scélérat ! Mais je lui en veux pas. Une autre fois, toujours au ponton. Un joli petit caillou ne  demande qu’à être jeté dans l’eau. Je saisis le caillou, le lâche pour le shooter. Satanées chaussures de djeunz, trop larges et jamais bien lassées. Ma pompe est partie en même temps que le caillou, alors même que ma bouche laissait échapper un joli « Meeeeeerde ! ». Mais ce jour-là, j’ai su que Dieu existait. Ma chaussure est tombée à plat, sur la semelle, et s’est mise à flotter. Le courant l’a ramené vers moi, et j’ai pu la rapatrier sur la terre ferme grâce à notre petit arbrisseau / béquille. Elle était toute sèche. Mais après cela j’ai eu plein d’autres raisons de voir que Dieu n’existait en fait pas, ne croyez pas que je sois croyant. Et ce ponton, on y est retourné deux ans plus tard, un soir, vers 1h du matin. Le ciel était dégagé, les étoiles brillaient et aucune lumière pour en cacher l’éclat. Le tout se reflétait sur les eaux de la Deûle, qui dans la pénombre et avec de tels luminaires, nous semblait fraîche et cristalline. Des cygnes dérivaient avec grâce à la surface. C’était vraiment notre lieu, le lieu de tant de souvenirs, qui était ici idyllisé, magnifié d’une manière presque surnaturelle. Ponton de la Deûle … I miss you !


- La séance s’arrête pour aujourd’hui, et, si vous n’avez plus rien à dire sur le lycée, nous passerons ensuite à vos années prépa, puis à votre présent, où vous nous confierez vos impressions sur un quelconque changement par rapport à tout ce que vous venez de nous raconter auparavant.